Tout Est Question De Style
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C’est en plein cœur du Calvados, à seulement de 2 heures de route de Paris que s’est tenu récemment, dans un lieu mythique, digne des plus belles pages de Francis Scott Fitzgerald, un fabuleux tournoi de poker.
Après une sélection impitoyable - ils étaient presque 800 et ne sont plus que 167 deux jours plus tard - l’élite du poker va maintenant s’affronter dans le cadre de la dernière phase de cette étape française de l'European Poker Tour, l’un des tournoi les mieux doté puisque près de 3,7 Millions d’Euros de gains pourront être remportés dans les jours qui suivront. Le vainqueur de la compétition repartira, quant à lui, avec 800 000 Euros, excusez du peu.
Le salon des ambassadeurs du casino de Deauville est, ce soir encore, à la hauteur de sa réputation. Le personnel est impeccable, les belles déambulent de tables en tables, le barman préparent ces Martini Dry dont il a le secret tandis que les lambris de ce lieu ancestral brillent à lumière délicate des cristaux aux milles et une facettes qui parent des lustres aux allures majestueuses.Une seule ombre au tableau : les joueurs de poker !
Non pas qu’ils ne soient pas venus en nombre. Ils sont bel et bien là.
Non pas qu’ils ne sachent pas jouer ou jouent petit : le niveau est relevé, la tension palpable et les mises plutôt élevées.
Non, il s’agit plutôt d’un choc des cultures auquel assiste le spectateur peu habitué des tournois de poker. Si ce n’est pas mon cas, je n’ai pas pu m’empêcher d’être surpris ce soir là où j’étais sans doute plus mélancolique que de coutume.Comment vous expliquer ? C’était un peu comme si un membre des Bloods ou des Crips s’était retrouvé plongé dans un salon de jeu parisien du début du siècle, du temps de Marcel Proust. Comme si votre cousin éloigné était débarqué de sa campagne natale à votre mariage sans se rendre compte de l’importance de l’événement…
Partout, je ne remarquais que des joueurs en tee-shirts, des tee-shirts recouverts de sigles et autres bandeaux publicitaires comme s’ils n’étaient que de vulgaires hommes sandwichs. Sans parler des capuches rabattues, des casquettes improbables et des paires de lunettes de soleil dans un salon où la lumière du jour n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, prête de vous éblouir….« Les temps changent », comme le dit la chanson
Et pourquoi pas ? Serait-on tenté de rajouter. Le temps des smokings, des nœuds papillons et autres chaussures vernies semblent été révolu. Il laisse la place à une époque où les tenues, accoutrements diront certains, sont plus « casual » ou tout simplement plus confortables, selon les dires d’un joueur.Les femmes ont elles-aussi bien changé, abandonnant dans leur dressing, ou dans leur voiture, leurs pochettes, leurs boucles d’oreille, leurs chignons élégants et autres talons vertigineux.
Pour s’en rendre compte, il suffit de balayer la salle d’un coup d’œil : lunettes noires au look de surfeur, jeans usés, chaussures de sport vintage, polos aux couleurs vives, capuches de sweat-shirt et bien sur l’accessoire indispensable, les écouteurs vissés sur la tête, dont le son ne manquera pas, bien évidemment, d’incommoder le voisin.
Bref, des joueurs calfeutrés, en quasi auto-suffisance à la table de jeu.Un peu de sociologie
Si les codes restent les mêmes - les joueurs s’observent toujours, se jaugent, s’ignorent parfois - on assiste cependant à un changement dans le mode opératoire. Tous semblent aujourd’hui camouflés pour mieux pouvoir jouer. Si le théâtre social a changé de metteur en scène, la pièce reste la même.Et la direction du casino comprend fort bien ces évolutions, semble t-il, évoquant l’aspect interminable de certaines parties, la dimension « marathonienne » du tournoi.
Une partie de poker est un périple au long cours, nous précise t-on, être à l’aise est devenu le maître mot de cette nouvelle génération de joueurs dont le talent et la finesse de jeu sont des qualités qui ne leur manquent pas.La voie de la professionnalisation
En outre, ces changements s’expliquent par la professionnalisation du métier de joueur. On peut, comme le monde du rugby regretter le bon vieux temps des amateurs passionnés, mais il faut bien reconnaître que jouer au poker, participer à des tournois n’est plus aujourd’hui réservé à une élite fortunée comme c’était encore le cas il y a peu. L’éventail des buy-ins est aujourd’hui beaucoup plus large si bien que chacun peut y tenter sa chance.Par ailleurs, si la plupart restent trop élevés pour un porte-monnaie moyen, il existe toujours la possibilité de se qualifier par des tournois satellites, sur table ou sur internet : de victoire en victoire, votre tapis s’agrandira, les jetons se multiplieront et, qui sait, vous deviendrez peut-être l’une de ces stars qui font la couverture des magazines. Car c’est bien ce que sont les grands joueurs d’aujourd’hui !
En effet, le développement de l’industrie est tel qu’elle a envahi les médias, et donc notre vie quotidienne à tous. Combien aujourd’hui ne savent pas jouer au poker ? Mais en connaître les règles ne signifie pas les maîtriser. Et de là à devenir professionnel, les étapes sont encore nombreuses. Ensuite, même parmi eux, les différences sont nombreuses et c’est pourquoi le sponsoring est si important.
Les plus grandes salles de poker en ligne ont toutes leurs équipes, composées de quelques stars et de jeunes joueurs, sur lesquels les sites internet parient, au sens propre comme au figuré, puisqu’ils investissent de l’argent sur eux, payant les voyages, les tournois, les fameux buy-in… en échange de quoi, les joueurs acceptent de porter leur marque !
Il est sans doute encore un peu tôt pour pouvoir dire quelles sont les conséquences exactes de la professionnalisation du poker. Mais mis à part cette "pollution visuelle", il faut reconnaître que pour le moment, les effets sont plutôt positifs: de plus en plus de joueurs, de plus en plus de tournois et de plus en plus d'argent à gagner ! Qui s'en plaindrait ? Certainement pas les passionnés que nous sommes...28-Jan-2010, 04:48











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