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Interview De Patrick Partouche

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Interview Patrick Partouche

Depuis de nombreux mois, le groupe Partouche était embourbé dans une situation dont il ne trouvait plus la sortie. En effet, le groupe qui avait racheté les deux sociétés Européenne de Casino et Divonne  a rapidement vu ses investissements devenir des gouffres, au point d’accumuler une dette de près de 300 millions d’euros.

Son président, Patrick Partouche, livre, dans une interview, ses impressions et le détail des accords passés avec les banques pour que le groupe puisse s’en sortir.

Tout d’abord, Patrick Partouche explique que les dettes se sont accumulées progressivement :

« C'est simple, quand nous nous sommes endettés pour racheter Européenne de Casino et le groupe Divonne, nous dégagions un excédent brut d'exploitation de 148 millions d'euros. Mais depuis l'interdiction de fumer instaurée le 1er janvier 2008, près d'un quart de notre chiffre d'affaires est parti en fumée et notre excédent brut d'exploitation est tombé à 80 millions d'euros, nous mettant dans une situation délicate mais prévisible. »

« Lorsque les négociations sur le tabac ont commencé, j'avais prévenu qu'une telle interdiction pouvait faire perdre aux casinos entre 20% et 25% de leurs recettes. Nous avions alors sollicité une dispense en expliquant que nous nous adressions à des majeurs, que les casinos étaient une cours de récréation pour adultes consentants et que cela éviterait la recrudescence des parties clandestines. Cet argument a été entendu en Belgique où les joueurs peuvent fumer dans nos 4 établissements, mais pas en France. Le syndicat FO s'est insurgé en expliquant, selon leurs analyses, que travailler dans un endroit fumeur réduisait la durée de vie de 6 ans. Les croupiers se sont plaints et l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics a été votée. Et ce que j'avais dit est arrivé ! En deux ans, nous avons perdu un quart de notre chiffre d'affaires, licencié 420 personnes et fermé un établissement. »

Quand le journaliste demande pourquoi les négociations concernant le refinancement de la dette du groupe ont été si longues, Patrick Partouche répond :

« Oui, ça a pris du temps et pour une raison simple ! D'un côté, vous aviez le groupe Partouche et de l'autre, un pool composé de 17 banques avec 4 anglo-saxonnes dont 2 ont fait faillite, le tout piloté par Natixis dans un climat où les établissements bancaires ne se faisaient plus confiance. Même si les négociations ont parfois été viriles, nous avons obtenu trois années supplémentaires pour rembourser notre dette. »

Et pour réussir à sortir la tête de l’eau, Patrick Partouche explique qu’ils doivent « vendre des établissements car nous voulons nous désendetter rapidement. Vous savez, alors qu’il ne comptait qu’'un casino en 1973, le groupe Partouche en comptait 55 en 2008. La famille Partouche qui possède 71% de la société a mis plus de 35 ans pour la construire et  je n'ai aujourd'hui pas d'autre choix que de vendre des actifs.»

L'ensemble de notre parc immobilier a été évalué, en 2008, à 420 millions d'euros. Je pense que sa valeur à la casse n'est pas inférieure à 300 millions aujourd'hui. Il faut que sur cette somme, nous puissions récupérer une centaine de millions d'euros. Et si dans deux ans, je peux être à zéro dette, j'aurai zéro scrupule. Cette situation me rappelle la citation de Rudyard Kipling "si tu peux voir détruire l'ouvrage de ta vie et, sans dire un seul mot, te mettre à rebâtir, tu seras un homme, mon fils ". »

Le président du groupe Partouche donne également son avis sur l’ouverture du marché des jeux d'argent en ligne:

« J'ai vu arriver les jeux en ligne dès 1997. J'ai prévenu les autorités des risques que cela pouvait apporter mais elles ne m'ont pas entendu. En 2001, j'ai lancé le site casinopartouche.com pour montrer à l'Etat ce qui se faisait déjà. C'était un acte purement politique. J'ai reçu une plainte de la Française des Jeux et il a fallu la Cour de Cassation pour prouver mon bon droit ! J'ai donc porté plainte en 2003 contre l'Etat devant la Cour Européenne de Justice contre le monopole de la Française des Jeux. »

«Pour le moment, l'Etat fait exactement comme si les jeux en ligne n'existaient pas alors qu'ils se multiplient. Comme je défends mon groupe, nous avons aussi un site que j'assume, car finalement il n'y a toujours pas de réglementation pour les jeux en ligne. Mais le jour où l'Etat lancera son appel d'offres pour l'attribution des licences, le groupe Partouche aura le doigt sur la couture du pantalon et demandera une licence en bonne et due forme. »

Pour conclure, Patrick Partouche dresse le bilan du dernier exercice :

« On sort d'une mauvaise série mais j'ai encore des jetons et une chaise pour affronter les concurrents même s'ils ont de plus gros tapis. Je pense que nous avons touché un point bas cette année mais il aura fallu deux ans pour encaisser le choc. Notre plan d'économies nous a permis de réduire nos coûts de plus d'une dizaine de millions d'euros, ce qui va limiter le recul du résultat opérationnel. Quant à notre filiale Partouche Interactive, elle montre aussi des signes encourageants. Ouvrez l'œil lors de la prochaine publication des comptes annuels. »

22-Nov-2009, 03:29

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